La traductrice du Michael Jackson Conspiracy
discute au sujet de l'éthique des médias
Dans une interview exclusive, l'éditrice de site Web et traductrice indépendante Thelys a accepté de livrer certaines de ses pensées au sujet du professionnalisme dans les médias. Les qualifications de Thelys en tant que critique des médias sont les suivantes: elle a créé et dirige un site Web indépendant consacré à Michael Jackson; elle a réalisé des études sur les risques associés à la célébrité et la manière dont les médias abordent ce sujet, et elle a traduit en Français le livre Michael Jackson Conspiracy par l'auteur américaine Aphrodite Jones. Le titre français du livre est Le Complot Contre Michael Jackson.
Q. Que vous a appris << Le Complot Contre Michael Jackson >> sur les motivations des médias américains?
R. Je ne pense pas qu'il y ait une différence énorme entre ce qui motive les médias américains et les autres médias autour du monde. À mon avis, les médias mondiaux sont davantage conduits par des motivations financières plus que par le souhait d'informer les gens et de diffuser la culture. Un changement s'est produit entre "culture" et "promotion" quand les grandes sociétés se sont rendu compte que la capacité des médias à atteindre des milliers de personnes pouvait servir des intérêts économiques. Alors, c’est devenu une sorte de “bourse” où les journalistes peuvent discréditer ou mettre en valeur l'image d'un individu selon les bénéfices que cela peut générer.
Q. Quel impact souhaitez-vous que la publication française de << Le Complot Contre Michael Jackson >> ait sur les médias (en Amérique ou en France)?
R. Je voudrais que le livre ouvre un débat au sujet du rapport entre les médias et les célébrités. Je ne suis pas suffisamment ambitieuse et utopiste pour leur demander de reconsidérer la façon dont ils traitent les célébrités . . . mais je voudrais que les journalistes et le public engagent une réflexion globale au sujet de la manière dont ils transme ttent/reçoivent les informations concernant les gens célèbres, au sujet de la fiabilité de l'information quand il s'agit des célébrités.
Q. Qu'éprouvez-vous à l'idée d'avoir traduit un livre qui critique les médias américains ? Pensez-vous que vous avez maintenant un rôle particulier dans la société, celui de pouvoir demander aux médias d'être responsables?
R. Je pense que nous avons tous un "rôle particulier dans la société," comme nous achetons tous les journaux et/ou regardons les informations à la TV. Je ne perçois pas le livre comme un pamphlet contre les médias américains. Il souligne certains problèmes qui remettent en cause l'objectivité des journalistes et amène les lecteurs à se demander quel rôle ils jouent dans la propagation de l'information: devons-nous être passifs ou actifs?
À mon avis, c'est un "problème à trois niveaux:"
- Le premier niveau est l'information elle-même: peut-on tout médiatiser ? Comment choisir ce dont il faut parler ? Les médias sont responsables, ils sont les premiers à décider si quelque chose doit être rendu public.
- Le deuxième niveau est "comment en parler" : il semble que la majorité des journalistes exagèrent certains faits ou utilisent certaines techniques pour rendre leurs articles encore plus crédibles. Ce sont précisément les mêmes techniques qui sont utilisées20dans le domaine de la publicité :
• Le point de vue de l'expert : le journaliste cite les propos d'un expert. Vous lirez quelque chose comme "Selon A.B., un expert judiciaire renommé de l'université d'A.B.C., Michael Jackson sera jugé coupable." Dans la publicité, même histoire: nous voyons souvent - du moins, en France ! - des pubs où un expert essaie de convaincre les téléspectateurs que le produit dont on fait la promotion est certainement le meilleur qu'ils peuvent trouver sur le marché . . .
• La source “anonyme et influente": le journaliste cite les propos de quelqu’un qui n'est pas un expert mais dont le point de vue peut être considéré comme très fiable. Par exemple, "Une source proche de la famille/Un ami de Michael Jackson qui veut rester anonyme indique que le chanteur lutte contre une dépendance à la drogue."
• La technique du "tout-le-monde-sauf-vous-est-déjà-au-courant": le journaliste généralise les informations et vous fait croire que tout le monde est au courant. Ainsi, vous vous sentez idiot ne pas être informé et cela vous conduit à adhérer à son opinion. Par exemple: "Vous saviez déjà comme la plupart des gens sur la planète que Michael Jackson était fou. Maintenant . . . ceci va vous convaincre encore plus: il a été vu portant un masque étrange…"
Juste quelques exemples. Vous ajoutez quelques bonnes qu alités d'écriture aux techniques décrites ci-dessus . . . et cela vous donne la recette parfaite du tabloïd . . . Une fois encore, je pense que chaque journaliste est responsable de la manière dont il écrit et rapporte les faits.
- Le troisième niveau est "comment recevoir les informations." Comment exercer son esprit critique ? Comment apprendre aux gens à ne pas considérer les médias comme l'Evangile ? C'est le problème le plus compliqué, car personne ne semble en assumer la responsabilité. Je pense que le public devrait être “éduqué” aux médias, mais qui peut assumer cette fonction?
Q. Croyez-vous que l'internaute moyen peut changer la façon dont les médias rapportent l'actualité?
R. Je pense que oui. Des millions de gens utilisent Internet. Certains d'entre eux peuvent influencer les autres par des blogs ou des sites Web. Ils produisent des débats publics . . . et je pense que des ponts existent entre le monde virtuel et le monde réel. Je vous donne un exemple: il y a quelques années, les maisons de disques percevaient le Web comme une menace en raison des téléchargements illégaux. Maintenant, ils commencent à réaliser que cela peut également les aider à découvrir de nouveaux artistes (Myspace Music est un bon exemple) et à diminuer le risque de faire un mauvais investissement. Ils choisissent les personnes qui ont déjà du su ccès sur Internet. Cela pourrait être la même chose pour l'actualité. Si les internautes mettent l'accent sur une manière honnête et juste de rendre compte de l'actualité, la TV et les journaux finiront par réaliser qu'il est important de ne pas déformer la vérité.
Q. Pensez-vous que l'on peut être pris au sérieux lorsque l'on critique les médias ? Quand vous critiquez les médias, sur qui comptez-vous pour écouter vos préoccupations?
R. Je pense qu'il est possible d'être pris au sérieux en critiquant les médias à une condition: ne pas les tenir pour responsables de tout. Je pense que le public a également une part de responsabilité dans la façon dont l'actualité est rapportée. Si les gens n'achetaient pas de tabloïds, s'ils cessaient de regarder des reportages axés sur le scandale à la TV, ils feraient mourir l'industrie tabloïd toute entière. Au final, nous revenons à la vieille question: "Qui est venu d'abord, la poule ou l'oeuf?" Est-ce parce que les gens achètent des tabloïds que les tabloïds existent ? Ou est-ce parce que les tabloïds existent que les gens les achètent?
Q. Concernant plus particulièrement << Le Complot Contre Michael Jackson >>, êtes-vous d'accord avec l'auteur sur le fait que les médias filtrent les informations qu'ils évoquent en fonction de considérations telles que les audiences?
R. Naturellement.
Q. Pensez-vous parfois que les médias sélectionnent délibérément les informations qui peuvent être présentées comme des feuilletons à rebondissements?
R. Comme je l'ai un jour écrit dans un ar ticle, "Il est plus intéressant de parler d'un homme qui a tué son épouse que de parler d'un couple heureux en mariage." Nous ne pouvons pas nier le "voyeurisme" qui existe: beaucoup de personnes sont intéressées par les mauvaises nouvelles (meurtres, suicides, toxicomanie, autodestruction des célébrités, etc.) . . . et plus c'est horrible, plus les gens le lisent et l'achètent. Pas étonnant que les journalistes éprouvent le besoin d'exagérer ou de déformer les faits.
Q. Quels journaux lisez-vous, quels journaux télévisés regardez-vous, et quels sites d'actualité visitez-vous?
R. Je lis des journaux comme 20 Minutes et Métro, je visite Yahoo Actualités, Fluctuat.net (informations culturelles: musique, livres, films, etc.), sites Web de certains journaux (LeFigaro.fr, LeMonde.fr).
Q. Pensez-vous que pour vraiment comprendre les médias, les gens doivent lire ou observer plus d'un programme et faire la moyenne de ce qu'ils entendent?
R. Je ne crois pas à l'idée d'une "moyenne" parce que si vous choisissez trois ou quatre sources différentes, il est possible que ces sources rapportent la même information fausse. C'est particulièrement vrai sur Internet: la plupart du temps, il y a une source principale, un journaliste qui rapporte quelque chose . . . et cent sites Web qui réécrivent la même chose d'une manière différente. C'est pareil dans la presse tabloïd française. La plupart des actualités au sujet des célébrités publiées en France sont traduites et réécrites à partir des tabloïds américains. Ce "recyclage" géant d'informations peut faire baisser la qualité des nouvelles.
Q. Vous arrive-t-il de visiter la page de Google News?
R. Non, mais je visite quotidiennement la page "actualités" de Yahoo.
Q. Que se passe-t-il lorsque tous les médias ont une seule mentalité?
R. S'ils racontent une chose inexacte au sujet d'une personne, cela peut donner une image fausse de cette personne et avoir des conséquences dramatiques sur sa vie. En général, cela conduit à un appauvrissement de la culture et par extension, à un appauvrissement de l'esprit critique: si les médias offrent une unique manière de voir le monde, cela n'encourage pas les gens à penser différemment et à être créatifs . . .
Q. Pensez-vous que les médias essaient d'accorder la manière dont ils parlent ou imprime les nouvelles avec les polarisations de ses clients?
R. Comme je l'ai dit dans une de mes réponses ci-dessus . . . Je ne sais pas exactement qui est venu d'abord entre la poule et l'oeuf.
;-)
Peut-être qu'un tiers a créé à la fois la poule et l'oeuf. Dans votre question, cela signifierait qu'un troisième facteur est responsable à la fois de l'intérêt des consommateurs pour le scand ale ET du manque de sérieux de certains journalistes. Peut-être - mais c'est juste une hypothèse – que les gens essaient d'éviter des problèmes plus importants auxquels ils ne veulent pas faire face en se focalisant sur des faits insignifiants.
Q. Qui est responsable (ou devrait être responsable) du contrôle du professionnalisme et de l'éthique des médias?
R. La justice. Certainement la justice. En France, nous avons des lois fortes au sujet du respect de la vie privée des gens. Quelques magazines jouent avec les limites en publiant des histoires tabloïd . . . mais cela ne peut pas aller trop loin étant donné que la loi protège les droits des personnes. Je ne crois pas au "comités d'éthique" s'ils n'ont pas la possibilité d'engager des actions en justice.
Pour plus d'informations sur Le Complot Contre Michael Jackson, veuillez visiter le site Web de l'Elusive Shadow.
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